Jugend Magazine

Jugend Magazine is a weekly cultural magazine from late 19th – early 20th Century Germany. Jugend Magazine’s style became influential in the launching of Art Nouveau movement in Germany and give this movement its German name: Jugendstill ( Youth Style) . The term is still used by contemporary graphic designers to refer to German art nouveau works coming from this period.

It would not be an overstatement to say that in Germany Jugend Magazine’s style shaped Art Nouveau movement, which was expanding all over Europe since mid 1800′s. Most typical of Jugendstil was the typography, hand-lettered fonts that heavily influenced computer and graphic design fonts used today.

Hugo Höppener (Fidus). Scene in hades from Jugend Magazine 1896

Hugo Höppener (Fidus). Scene in hades from © Jugend Magazine 1896 Band 2 (Nr. 27-52), page 815  Fidus was the pseudonym used by German illustrator, painter and publisher Hugo Reinhold Karl Johann Höppener

Hugo Höppener (Fidus)- Der Wolken[...] from jugend magazine 1896,  Band 1 (Nr. 1-26), page 60-61

Hugo Höppener (Fidus)- Der Wolken[…] from jugend magazine 1896, Band 1 (Nr. 1-26), page 60-61

Hugo Höppener (Fidus)Die Kugelläuferin1896, Band 1 (Nr. 1-26), page 297

Hugo Höppener (Fidus)Die Kugelläuferin from © Jugend Magazine 1896, Band 1 (Nr. 1-26), page 297

Richard Müller -Auf Freiersfüßen (In courting) ,illustration from Jugend magazine 1914

Richard Müller -Auf Freiersfüßen (In courting) ,illustration from © Jugend magazine 1914 ( printed in color in 1922)

 

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Félix Vallotton (1865-1925)

Félix Vallotton est un peintre, sculpteur, graveur sur bois, critique d’art et romancier. Né en 1865, l’artiste Suisse a étudié à Paris, à l’Académie Julian où se sont formé de nombreux artistes de l’époque. Doué en dessin il expose plus tard dans plusieurs pays européen.A Vienne il reçoit même des félicitations de Klimt! Entre 1891 et 1901, la renommée de Félix Vallotton devient internationale grâce à ses illustrations en noir et blanc et ses gravures sur bois (l’art de la xylographie) qui rencontrent un vif succès dans l’avant-garde parisienne et lui permettent d’intégrer le groupe des nabis. Le trait est précis, les cadrages subtils. Le noir emplit volontiers les illustrations, dévorant le blanc, reflétant notamment la violence des relations adultérines, sujet récurrent de l’artiste.

A partir de 1899, il préférera la peinture et laissera à sa mort en 1925 plus de 1700 tableaux. Il s’est essayé à tous les genres : portrait, nu, paysage, nature morte, sujet mythologique, peinture d’histoire… Mais s’il a peint des choses très diverses, ses toiles se distinguent toujours par un dessin précis aux formes bien découpées, des tons recherchés et un aspect lisse. Le cadrage et la perspective s’inspirent souvent de l’estampe ou de la photographie dans une réappropriation de différentes techniques qu’il réalise ensuite dans son atelier.

pour ma part ceux sont ses gravures que j’aime le plus, bien que ses peintures soient très belles aussi, néanmoins, je trouve que c’est inégal, et que la rigueur et la pureté de ses gravures ne se retrouvent pas dans tous ses tableaux. Peut être est-ce l’utilisation de la couleur, j’aime finalement surtout des sur aux tons délavés,

 

**************Les Gravures sur Bois*************

Félix Vallotton La Paresse - 1898 gravure sur bois

Félix Vallotton La Paresse – 1898 gravure sur bois

Félix Vallotton- Cinq heuures series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- Cinq heuures series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- apprets de visite series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- apprets de visite series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- Cinq heuures series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- Cinq heures series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- La raison probante series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- La raison probante series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton-Le grand moyen.Les Intimités, 1898

Félix Vallotton-Le grand moyen.Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- Lasanté de l'autre series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton- Lasanté de l’autre series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton le bain series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton le bain series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton  L'Irréparable, from the series Les Intimités, 1898

Félix Vallotton L’Irréparable, from the series Les Intimités, 1898

 *************Les peintures ************

Vous pouvez retrouvez toutes ses oeuvres sur wilkipainting. dans cette galerie aussi

Félix Vallotton nu 1912

Félix Vallotton nu 1912

Félix Vallotton Rest, 1911

Félix Vallotton Rest, 1911

Félix Vallotton The Source, 1897

Félix Vallotton The Source, 1897

Félix Vallotton Felix Vallotton, Nude Seated in a red armchair   Nude Seated in a red armchair 1897

Félix Vallotton Felix Vallotton, Nude Seated in a red armchair 1897

Félix Vallotton The kiss, 1898

Félix Vallotton The kiss, 1898

Félix Vallotton et Gabrielle son épouse en 1910

Félix Vallotton et Gabrielle son épouse en 1910

 

Ghislaine de Menten de Horne- Illustration pour Paul Valéry, La Jeune Parque, 1935

« Le poème La jeune Parque (1917) est réédité en 1935 par l’éditeur bruxellois Goossens. Le poème est un monologue  d’une femme en proie à un duel entre son corps et son esprit. Pour illustrer ce combat, l’artiste utilise les possibilités de l’eau-forte en couleurs pour mettre en image le rêve et la réalité. Dans les illustrations, on voit la jeune Parque encerclée par des spectres envoûtants et effrayants. L’auteur est satisfait: les paroles élogieuses de Valéry sont imprimées en fac-simile au début du volume. Ghislaine de Menten de Horne a 19 ans à l’époque.Elle suit des cours à l’Académie Julian de Paris et à l’atelier de Paul Bonnet.

En 1935, on annonce la parution d’une deuxième édition d’Album de vers anciens. Ce nouveau projet de Valéry a vu le jour lorsque l’auteur écrit une dédicace personnelle dans un exemplaire de son recueil de poèmes. En vue de cette édition Ghislaine de Menten de Horne créé 42 gravures sur cuivre. Le texte est entièrement composé et on procède à un premier le bon à paraître, mais le projet est arrêté à cause de la Seconde guerre mondiale. Une grande quantité de cuivre disparaît non utilisée dans l’atelier de l’artiste. » Musée Koopman

Voir la serie ici 

Ghislaine de Menten de Horne Qui pleure là?, 1935

Ghislaine de Menten de Horne6 Qui pleure là?, 1935

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure Seule, avec diamants extrêmes ?…
Mais qui pleure, Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un coeur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement…
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?…
Je scintille, liée à ce ciel inconnu…
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.
Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon coeur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sut moi consommé ?…
… Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute ?Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.
J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre
De trésors s’arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité !
Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissé
Je me sentis connue encor plus que blessée…
Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ;
Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît :
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse…Mais de qui, jalouse et menacée ?
Et quel silence parle à mon seul possesseur ?

Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète soeur
Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive.

Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent… Je m’en ;ace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de noeuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits,mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries…
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d’amour mon sort spirituel…
Tu ne peux rien surmoi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes…
Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n’attendais pas moins de mes riches déserts
Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse :
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m’avance et m’altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir…
Je sais…Ma lassitude est parfois un théâtre.
L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie.
L’ombre même le cède à certaine agonie,
L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut
Qui se tord sur les pas d’une porte de feu…
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ?

Tu regardais dormir ma belle négligence…
Mais avec mes périls, je suis d’intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux.
Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !
Va chercher des yeus clos pour tes danses massives.
Coule vers d’autres lits tes robes successives,
Couve sur d’autres coeurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !…
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n’ai point versés,
D’une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule… Et brisant une tombe sereine,
Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l’oeil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil. »

Mais je tremblais de perdre une douleur divine !
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus démon antique corps
Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords :
Adieu, pensai-je, MOI, mortelle soeur, mensonge…

Harmonieuse MOI, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…
Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or !
Poreuse á l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière ; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m’ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse ! À la haut eut de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s’arrache à la rebelle ronce,
L’arc de mon brusque corps s’accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs !

Je regrette à demi cette vaine puissance…
Une avec le désir, je fus l’obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis ;
De mouvements si prompts mes vœux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile !
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l’ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n’est, ô Splendeur, qu’à mes pieds l’Ennemie,
Mon ombre ! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s’abrite ;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n’irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout…
Glisse ! Barque funèbre…

Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l’amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l’oranger,
Je ne rends plus au jour qu’un regard étranger…
Oh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon coeur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s’approfondir mon art !…
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L’évanouissement d’arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l’or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voitmon regard disparu ;
Mon oe il noir est le seuil d’infernales demeures !
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l’âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l’univers,
À ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l’espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
. Qui suit au miroir d’aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

Ô dangereusement de son regard la proie !
Car l’oe il spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m’étais prédit les couleurs et le cours.
L’ennui, le clair ennui de mirer Ieur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L’aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J’étais à demi morte ; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu’un diamant fermant le diadème
Où s’échange Ie froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d’autres feux absolus de mon front.

Ghislaine de Menten de Horne Souvenir, 1935

Ghislaine de Menten de Horne Souvenir, 1935

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d’un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l’émeraude un long rose de honte ?
Souvenir, ô bûcher, dont le vent d’or m’affronte,
Souffle au masque la pour prc imprégnant le refus
D’être en moi-même en flamme une autre que je fus…
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu’ennoblissait l’azur de la sainte distance,
Et l’insensible iris du temps que j’adorai !
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens ! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois…
Et de mon sein glacé rejaillisse la voix
Que j’ignorais si rauque et d’amour si voilée…
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon coeur fut-il si près d’un coeur qui va faiblir ?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m’ensevelir
Dans l’arrière douceur riant à vos menaces…
Ô pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi… de cils tissue et de fluides fûts,
Tendre lueur d’un soir brisé de bras confus ?

« Que dans le ciel placés, mes yeux tracent mon temple !
Et que sur moi repose un autel sans exemple ! »
Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur…
La terre ne m’est plus qu’un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige…
Tout l’univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse !
Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie !… Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée !
écoute… N’attends plus… La renaissante année
À tout mon sang prédit de secrets mouvements :
Le gel cède à regret ses derniers diamants…

Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées :
L’étonnant printemps rit, viole… On ne sait d’où
Venu ?Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu’une tendresse prend la terre à ses entrailles…
Les arbres regonflés et recouverts d’écailles
Chargés de tant de bras et de trop d’horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l’air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles parmilliers qu’ils se sentent nouvelles…
N’entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde !… Et dans I’espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l’arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes ?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous ?
Quelle mortelle ?

Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense…
L’air me brise. L’oiseau perce de cris d’enfance
Inouïs…l’ombre même où se serre mon coe ur,
Et roses !mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas ! des bras si doux qui ferment la corbeille…
Oh ! parmi mes cheveux pèse d’un poids d’abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu…
Lumière !… Ou toi, la mort !Mais le plus promptme prenne !…
Mon coe ur bat ! mon coe ur bat !Mon sein brûle et m’entraîne !
Ah ! qu’il s’enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d’azur…
Dur enmoi…mais si doux à la bouche infinie !…

Chers fantômes naissants dont la soif m’est unie,
Désirs ! Visages clairs !… Et vous, beaux fruits d’amour,
Les dieux m’ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l’âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours ?
Non ! L’horreur m’illumine, exécrable harmonie !
Chaque baiser présage une neuve agonie…
Je vois, je vois flotter, fuyant l’honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers…
Non, souffles ! Non, regards, tendresses… mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie !… Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres !
Je n’accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l’esprit sinistre et clair…
Non ! Vous ne tiendrez pas demes lèvres l’éclair !…
Et puis… mon coe ur aussi vous refuse sa foudre.
J’ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre !

Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas déconcertés !

Ghislaine de Menten de Horne-Abandonne-toi vive aux serpents ,  Illustration for Paul Valéry’s La Jeune Parque, 1935

Ghislaine de Menten de Horne-Abandonne-toi vive aux serpents , Illustration for Paul Valéry’s La Jeune Parque, 1935

Je n’implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins ;
Tu procèdes de l’âme, orgueil du labyrinthe,
Tume portes du coe ur cette goutte contrainte,
Cette distraction demon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l’arriére-pensée !
D’une grotte de crainte au fond demoi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l’eau.
D’où nais-tu ? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M’étouffent… Je me tais, buvant ta marche sûre…
– Qui t’appelle au secours de ma jeune blessure !

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l’espérance !
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi ?
Terre trouble… et mêlée à l’algue, porte-moi,
Porte doucement moi…Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu’elle trouve son piège ?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol ?
… Dureté précieuse… Ô sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l’assurance sacrée !
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pás, rêve mon précipice…
L’insensible rocher, glissant d’algues, propice
À fuir (comme en soi-même ineffablement seul),
Commence… Et le vent semble au travers d’un linceuil
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame…
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large… et tous les sorts jetés
éperdument divers roulant l’oubli vorace.,.

Hélas ! de mes pieds nus qui tmuvera la trace
Cessera-t-illongtemps de ne songer qu’à soi ?

Terre trouble, etmélée à l’algue, porte-moi !

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore !
Tn vas te reconnaître au lever de l’aurore
Amèrement lamême…
Unmiroir de la mer
Se lève… Et sur la lèvre, un sourire d’hier
Qu’annonce avec ennui l’effacement des signes,
Glace dans l’orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l’anneau de l’unique horizon…
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras… Tu portes l’aube…

Ô rude
Réveil d’une victime inachevée… et seuil
Si doux… si clair, que flatte, affleurement d’écueil,
L’onde basse, et que lave une houle amortie !…
L’ombre qui m’abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.
Là, l’écume s’efforce à se faire visible ;
Et là, titubera sur la barque sensible
À chaque épaule d’onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

Salut ! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
Îles !… Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre rocbe, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis ;
Cimes qu’un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d’idées,
D’hymnes d’hommes comblés des dons du juste éther,
Îles ! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vierges toujours,même portant ces marques,
Vous m’êtes à genoux de merveilleuses Parques :
Rien n’égale dans l’air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés !

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée ?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N’osa peindre à son front leur souflle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l’éclat de lamon toute pure
Telle j’avais jadis le soleil soutenu…
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I’âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s’évanouir de sa propremémoire,
écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce coe ur, – qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu’à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence…
Attente vaine, et vaine… Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s’attendrir.

Ô n’aurait-il fallu, folle, que j’accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort ?
Trouveras-tu jamais plus transparentemort
Ni de pente plus pure où je rampe àma perte
Que sur ce long regard de victime entr’ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret ?
Que lui fait tout le sang qui n’est plus son secret ?
Dans quelle blanche pais cette pourpre la laisse,
À l’extrême de l’être et belle de faiblesse !
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Lemoment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine !
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine…
Etmoi, d’un tel destin, le coe ur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès…
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée ;
Toute, toute promise aux nuages heureux !
Même, je m’apparus cet arbre vaporeux,
De qui Ia majesté légèrement perdue
S’abandonne à l’amour de toute l’étendue.
L’être immenseme gagne, et de mon coe ur divin
L’encens qui brûle expire une forme sans fin…
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !…

Non, non !… N’irrite plus cette réminiscence !
Sombre lys ! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n’a pu rompre un vaisseau précieux…
Parmi tous les instants tu touchais au suprême…
-Mais qui l’emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s’est choisi ton front pour lumineuse tour ?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d’entre lesmorts, au jour t’a reconduite ?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l’instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie…
Sois subtile… cruelle… ou plus subtile !…Mens !…
Mais sache !… Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n’a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d’un sein d’argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits ?

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M’a trahie… Oh ! sans rêve, et sans une caresse !…
Nul démon, nul parfum ne m’offrit le péril
D’imaginaires bras mourant au col viril ;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n’effleura ma pensée…

Il eût connu pourtant le plus tendre des nids !
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l’ombre une adorable offrande…
Mais le sommeil s’éprit d’une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J’ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre…
Qui s’aliène ?… Qui s’envole ?… Qui se vautre ?…
À quel détour caché, mon coe ur s’est-il fondu ?
Quelle conque a redit le nom que j’ai perdu ?
Le sais-je, quel reflux traître m’a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Etm’a repris le sens de mon vaste soupir ?
Comme l’oiseau se pose, il fallut m’assoupir.

Ce fut l’heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s’use et se désintéresse :
Elle n’est plus la même… Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux voe ux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle…
Doucement,Me voici : mon front toucbe à ce consentement…
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre
Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre desmots sans fin, sansmoi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends, dors, dors !

(La porte basse c’est une bague… où la gaze
Passe… Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase…
L’oiseau boit sur ta boucbe et tu ne peux le voir…
Viens plus bas, parle bas… Le noir n’est pas si noir…)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m’interroge et me cède,
Où j’allai de mon coe ur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dansmes appartements,
Qui respire, et sur qui l’éternité s’écoute,
Place pleine de moi qui m’avez prise toute,
Ô forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d’orgueil qui dans vos plis se plonge
À la fin se mélange aux bassesses du songe !
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L’idolemalgré soi se dispose et s’endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d’amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.

Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne ;
Je n’ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations !
Quoi ! mes yeux froidement que tant d’azur égare
Regardent là périr l’étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d’une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur existence,
Et compose d’aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d’un tombeau !…
O, sur toute lamer, sur mes pieds, qu’il est beau !
Tu viens !… Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires…

… Alors, n’ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes ?… Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l’immense et riante amertume,
L’être contre le vent, dans le plus vif de l’air,
Recevant au visage un appel de lamer ;
Si l’âme intense souffle, et renfle furibonde
L’onde abrupte sur l’onde abattue, et si l’onde
Au cap tonne, immolant unmonstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d’où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d’étincelles glacées,
Et sur toute ma peau quemorde l’âpre éveil,
Alors,malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j’adore mon coe ur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,

Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant !

 Paul Valéry,  La Jeune Parque, 1917


Dormir, dormir dans les pierres, poème by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy, 1927, Editions Surréalistes

Ce sont quelques-uns des rares poèmes d’amour de Benjamin Péret. Ils se déroulent dans le monde du sommeil et des rêves, dans un paysage de minéraux transparents comme le verre et le sel, et de simples plantes ou de fleurs telle la pâquerette. C’est un monde de solitude, où la vérité se cache dans du charbon et où le vent est le présage du changement. Le sommeil est considéré comme l’unification avec la nature, particulièrement avec des pierres et des rochers. Tout comme l’alcool et la mort, le sommeil offre un moyen d’échapper à la raison. Le texte est inspiré par de libres associations, mais dans l’oeuvre de Péret, adepte de l’écriture automatique, Cela ne tourne jamais au procédé. Le rêve, la mort, l’amour et la poésie sont des thèmes étroitement entremêlés.

« Dormir, dormir dans les pierres », poème by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy, 1927, Editions Surréalistes  ©Kb

 

Dormir, dormir dans les pierres,  poème 1927 by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy

Poèmes extraits de  « Dormir, dormir dans les pierres »,1927 by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy
©Kb

Dormir, dormir dans les pierres,  poème 1927 by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy

Yves Tanguy-  illustration pour Dormir, dormir dans les pierres, poème 1927 by Benjamin Péret ©Kb

Dormir, dormir dans les pierres,  poème 1927 by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy

Dormir, dormir dans les pierres, poème 1927 by Benjamin Péret, illustrations by Yves Tanguy ©Kb

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Franz Stuck

Franz Stuck –Medusa

Cover of Magazine Masses

« The Masses » February, 1916. Cover artist: Frank Walts.

The Masses, January 1916. Cover art by Frank Walts. Via Newmanology. Originally from The Special Collections at Michigan State University.

« The Masses » March, 1914. Cover artist: Frank Walts. Back cover artist: Maurice Becker.

« The Masses » December, 1915. Cover artist: Ilonka Karasz. Back cover artist: Stuart Davis.

« The Masses » April, 1916. Cover artist: Frank Walts.

« The Masses » December, 1916. Cover artist: Frank Walts.

« The Masses » February, 1917. Cover artist: Hugo Gellert.

« The Masses » May, 1917. Cover artist: Frank Walts.

http://specialcollections.lib.msu.edu/html/materials/collections/masses/index.html