Paul Verlaine

« Les roses étaient toutes rouges
Et les lierres étaient tout noirs.

Chère, pour peu que tu te bouges,
Renaissent tous mes désespoirs.

Le ciel était trop bleu, trop tendre,
La mer trop verte et l’air trop doux.

Je crains toujours, – ce qu’est d’attendre ! –

Quelque fuite atroce de vous.
Du houx à la feuille vernie
Et du luisant buis je suis las,

Et de la campagne infinie
Et de tout, fors de vous, hélas ! »

Paul Verlaine- Spleen Romances sans paroles-

Claude Cahun – Henri Michaux ( Le chat-serpent Surnom donné par Cahun à Michaux) photographies et correspondance

Henri Michaux,et Claude Cahun entretiendront une correspondance de trente ans.L’un et l’autre ,partageant un goût pour l’étrange et un rapport très particulier au corps, ces deux individus inclassables sont également proches par leurs préoccupations esthétiques. Claude Cahun sut d’ailleurs bien mettre en valeur la singularité de son ami dans plusieurs de ses clichés photographiques présentés ci- dessous

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la première lettre que Michaux adressa à Claude Cahun

« Mademoiselle,

J’ai lu chez mon ami Viot de vos pages qui sont extrêmement indépendantes.

Si vos rêves sont à l’avenant et que vous les mettiez sur le papier, je serais glorieux de les publier.

Croyez-moi par ailleurs attentif à tout ce que vous écrivez, et cordialement désireux de vous mieux connaître.

le 19 janvier 1925 « 

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“J’ai failli aller à Jersey, mais comme je ne plonge pas, comme je déteste l’eau, comme pourtant je sais nager, comme je me fais horreur en caleçon de bain, comme je ne parle pas anglais, comme d’autre part j’en sais assez pour souffrir du surplus que je n’entends pas, comme je ne voyage jamais au moment des vacances, comme je puis faire à Paris une vraie cure de silence et de solitude en ce mois unique où tout le monde est parti, comme dans une île je serais évidemment abominable et sans doute (plusieurs mots illisibles) de qiuelques milliers  d’autres considérations encore, j’ai renoncé à y aller maintenant / En hiver qui sait ?”

Henri Michaux – Lettre à Claude Cahun, été 1929

Claude Cahun - Henri Michaux, Paris , 1925

Claude Cahun – Henri Michaux, Paris , 1925

“Si vous entendez vers cette heure-là un bruit excessif et soudain dans l’escalier, allez ouvrir, c’est peut-être moi qui aurai eu une syncope. Je connais le truc maintenant. Depuis 6 jours, je le connais.”

Henri Michaux – Lettre à Claude Cahun annonçant sa visite pour le lendemain, 19 septembre 1931
Claude Cahun - Henri Michaux double exposition, Paris 1925

Claude Cahun – Henri Michaux double exposition, Paris 1925

“Vous attendez de moi, qui ne sait rien, des nouvelles de Paris. Ils glissent tous à droite, non plus exactement et c’est pire, vers l’autorité. Même les Marx Brothers en leur dernier film sont devenus, me dit-on, tristes comme la pluie. Il semble que vous ayez eu rudement du flair en quittant cette ville où l’on a le plexus solaire foutu.”

Henri Michaux – Lettre à Claude Cahun annonçant son arrivée à Jersey, novembre 1938.

Claude Cahun – Henri Michaux, Jersey, ca 1938 via Jersey Heritage

 

Henri Michaux avait une grande confiance en son amie, lui prêtant ses objets les plus intimes, et lui laissant ses « adresses secrètes » 

« Voici Milarepa, livre actuellement introuvable et auquel je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ne le prêtez à personne – je m’excuse d’insister : c’est mon livre de chevet. » (Michaux, Paris, 1934) ;

« Adresse archi secrète : Hôtel du Palais Bourbon / 49 rue de Bourgogne / Paris. Tel, Littré 83. 98. » (Michaux, Paris vers 1937).

Source et plus d’informations ici fabula.revue

Livre : Raymond Bellour et Ysé Tran  » Henri Michaux,  Œuvres Complètes I », Bibliothèque de la Pléiade, Chronologie.

Arthur Cravan

“Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses. » //
 » The morons see the beautiful only in the beautiful things.  »
~Arthur Cravan (1887- 1918)~

photographer Unknow- Arthur Cravan- nd.

photographer Unknow- Arthur Cravan– nd.

 

Paul Eluard -L’amoureuse & Man Ray

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul Eluard, L’amoureuse , In Capitale de la Douleur, 1923

   nusch et paul éluard (man ray).

nusch et paul éluard (man ray).

Louis Aragon – Les mains d’Elsa, in Le fou d’Elsa- 1964.

« Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement. »

Louis Aragon – Les mains d’Elsa, in Le fou d’Elsa- 1964.

Agnes Varda -photographie extraite du Court-métrage de 20 minutes en noir et blanc, d'Agnes Varda - Elsa La Rose-1965.  [La jeunesse d’Elsa racontée par Aragon , avec les commentaires d’Elsa Images et poèmes autour du couple célèbre de montparnasse des années folles , Louis Aragon et Elsa Triolet.]

Agnes Varda -photographie extraite du Court-métrage de 20 minutes en noir et blanc, d’Agnes Varda – Elsa La Rose-1965.
[La jeunesse d’Elsa racontée par Aragon , avec les commentaires d’Elsa
Images et poèmes autour du couple célèbre de montparnasse des années folles , Louis Aragon et Elsa Triolet.]

René Char -J’habite une douleur- in Le poème pulvérisé (1945-1947)

« Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L’oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres. Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible. Pourtant. Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l’abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires… »

René Char -J’habite une douleur- in Le poème pulvérisé (1945-1947)

Jacques Irisson -René Char- (vers 1947). [Image tirée du catalogue « René Char », BNF (mai 2007)]

Jacques Irisson -René Char- (vers 1947). [Image tirée du catalogue « René Char », BNF (mai 2007)]