Georges Hugnet souvenirs du BAR LE CATALAN

Georges Hugnet CARTON D'INVITATION pour L'OUVERTURE DU BAR LE CATALAN, 16 rue des Grands Augustins le 9 avril 1948.

Georges Hugnet CARTON D’INVITATION pour L’OUVERTURE DU BAR LE CATALAN, 16 rue des Grands Augustins le 9 avril 1948.

 » Vers la fin de 1941,Picasso et moi nous déjeunions ou nous dînions ensemble plusieurs fois par semaine,souvent en compagnie de Pierre Reverdy. Nous allions généralement chez Gafner où l’on avait des égards pour nous.Un jour que Picasso que j’étais aller chercher à son atelier de la rue des Grands-Augustins,me dit qu’il allait m’emmener dans un bistrot qu’il venait de découvrir à deux pas de chez lui,sur le même trottoir,en me faisant promettre de n’en parler à personne.Picasso se plaît souvent à jouer les mystérieux.La semaine suivante, les tables étaient toutes occupées par des amis.Je n’avais rien dit mais Picasso avait parlé.
Aussitôt j’y installais mes vendredis flottants qui,à partir de ce jour,devinrent fixes. Bientôt les premiers clients,des employés de la préfecture,cédèrent la place aux
nouveaux. Le patron,petit homme à lunettes dont Picasso fit un portrait classique à l’encre aussitôt accroché au mur,était un catalan nommé Arnau. La chère était bonne chez lui et il ne montrait aucune exigence en ce qui concerne les tickets de rationnement.Picasso se débrouillait je ne sais trop comment . Quant à moi,j’avais fait un cadeau de ma carte d’alimentation à Germaine qui me l’avait échangée contre sa carte de tabac.Très bientôt nous ne désignâmes plus entre nous ce restaurant que sous le nom du Catalan,nom qui lui reste bien qu’aucune enseigne ne l’indiquât. Ébloui par le succès, Arnau ne tarda pas à vendre son établissement pour en acheter un autre à Bougival, dont les jardins donnaient directement sur la Seine.
Le nouveau propriétaire qui se nommait Maurice Desailly et ressemblait à François 1er, était un mandataire aux Halles,un B.O.F véritable,et Picasso eut l’occasion de faire un nouveau portrait classique qui remplaça aussitôt au mur celui du catalan Arnau. Le nom du restaurant demeura et son succès alla croissant. Picasso continua à y venir, soit pour déjeuner, soit pour dîner presque quotidiennement et le plus souvent en ma compagnie.Nos convives variaient.Un jour,c’était Pierre Reverdy,de passage à Paris,un autre jour, Paul Valéry descendu à pied de l’avenue Victor Hugo,un autre jour encore,Henry de Montherlant,venu demander à Picasso des eaux-fortes pour illustrer l’édition de luxe d’un de ses ouvrages, eaux-fortes que Picasso lui refusa catégoriquement. Tous les soirs, Desnos venait chercher un paquet de nourriture pour ses chats. C’est là que Léon-Paul Fargue eut sa première attaque cérébrale. C’est là encore que Gertrude Stein, furieuse, fit une entrée remarquée avec son chien pour venir insulter Picasso à notre table, lui reprochant vivement d’avoir écrit « Le désir attrapé par la queue » qu’elle considérait comme indigne de lui.

C’est là enfin que je redéjeunais avec Cocteau pour la première fois après dix-sept ans de brouille, Picasso nous ayant réconciliés. 

Maurice Desailly songea bientôt à agrandir son établissement. Il acheta sur le trottoir d’en face une crêmerie, boutique avec premier étage. Les travaux commencèrent. Je fus chargé de la décoration du bar et de la façade extérieure où pour la première fois apparut le nom du Catalan,le premier étage étant consacré aux cuisines et au restaurant.Le vernissage fut des plus brillant, le Tout-Paris y vint. J’y organisai des fêtes avec orchestre – Jacques Dieval, Hubert Rostaing,Boris Vian- dont l’une en honneur de Lise Deharme. Le Catalan devint un endroit très à la mode.
C’est au catalan que débuta ma collection de nappes de restaurant et c’est encore au Catalan,qu’au cours d’une cinquantaine de déjeuners, Jean Cocteau et moi écrivîmes ce qui fut publié ultérieurement sous le titre de -La Nappe du Catalan-.«  Texte extrait de « Pleins et Déliés, témoignages et souvenirs 1926-1972 » de Georges Hugnet. Editions Guy Authier,1972

Kristen Hatgi/Paul Auster

« Nuit.
Et j’ai avancé ma main de mendiant
vers ton ombre, cramponnée
aux murs nets, ocre,
de la faim.
Au-dessus de nous, le ciel a fait
éclater son secret.
Au-dessus de nous, une charrue a fendu la terre
en deux.
J’ai vidé les constellations, puis
t’ai fourrée à nouveau d’éternité.
Nuit.
Et je t’ai verrouillé dans
la question qui s’écoulait de moi avec la rosée.
Et j’ai appris par cœur le silence.
Et j’ai bâti une réponse pour personne.
Et je suis remonté
de ton corps profond, lumineux.
Et me suis perdu moi-même
à jamais. »

Paul Auster, In Veille

Kristen Hatgi

Kristen Hatgi

 

J. Kerouac- Sur la Route , 1957

« Les seuls qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église. »
J. Kerouac- Sur la Route , 1957 ( Traduit en 1960 pour Gallimard par Jacques Houbard)

Manuscrit  Sur la Route (On the road) By Jack Kerouac

Manuscrit Sur la Route (On the road) By Jack Kerouac

 

Cécile Bortoletti- Jean Anouilh

« Je veux savoir comment je m’y prendrai, moi aussi, pour être
heureuse. Tout de suite, puisque c’est tout de suite qu’il faut choisir. Vous dîtes que c’est si beau la vie.
Je veux savoir comment je m’y prendrai pour vivre. »

Jean Anouilh, In Antigone

Cécile Bortoletti- My Suicidal Sweetheart, Lurve Magazine-Issue: #5 Winter 2011,

Cécile Bortoletti- My Suicidal Sweetheart, Lurve Magazine-Issue: #5 Winter 2011,

Portrait de Lise Deharme avec une poupée cassée vers 1930.

Photographer Uncredited -Portrait de Lise Deharme avec une poupée cassée vers 1930.

Photographer Uncredited -Portrait de Lise Deharme avec une poupée cassée vers 1930.

« J’ai raté
le livre de ma vie
une nuit
qu’on avait oublié
de mettre un crayon taillé
à côté de mon lit. »

Lise Deharme

Marguerite Duras in L’Amant

« L’histoire de ma vie n’existe pas. Ca n’existe pas.
Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne.
Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un,
ce n’est pas vrai il n’y avait personne.
Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée.
Je me suis dit qu’on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l’amour. »

M. Duras, in L’Amant

Colette, La vagabonde

« Ecrire! Pouvoir écrire! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient,les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre,qui mordille le mot imparfait,le griffe,le hérisse de fléchettes,l’orne d’antennes,de pattes,jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot,mué en insecte fantastique,envolé en papillon fée… »
Colette, La vagabonde

Dunoyer de Segonzac-  Colette ,nd

Dunoyer de Segonzac- Colette ,nd