Antonin Artaud, Héliogabale ou l’Anarchiste Couronné, 1979

« Il y a des pierres noires en forme de verge d’homme, et un sexe de femme ciselé dessous. Et ces pierres sont des vertèbres dans des coins précieux de la terre. Et la pierre noire d’Emèse est la plus grosse de ces vertèbres, la plus pure, et la plus parfaite aussi.
Mais il y a des pierres qui vivent, comme des plantes ou des animaux vivent, et comme on peut dire que le Soleil, avec ses tâches qui se déplacent, se gonflent et se dégonflent, bavent les unes sur les autres, rebavent et se redéplacent, — et quand elles se gonflent ou se dégonflent, le font avec rythme et de l’intérieur, — comme on peut dire que le soleil vit. Les taches naissent en lui comme un cancer, comme les bubons effervescent d’une peste. Il y a là-dedans de la matière pulvérisée et qui se ramasse, — comme des morceaux de soleil concassés mais noirs. Et, mis en poudre, ils occupent moins de place ; et c’est pourtant le même soleil et la même étendue et quantité de soleil, mais éteint par places, et qui rappelle alors le diamant et le charbon. Et tout cela vit ; et l’on peut dire que DES pierres vivent ; et les pierres de la Syrie vivent, comme des miracles de la nature, car ce sont des pierres lancées par le ciel. »

Antonin Artaud, Héliogabale ou l’Anarchiste Couronné, 1979

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