Laure Albin Guillot -La Déesse Cypris. Douze études de nus par Albin-Guillot. Paris, Bordeaux, Colas et Rousseau frères, 1946, MONTHERLANT, Henry de. La Déesse Cypris.

Montherlant est très jeune quand il commence à écrire. Sa carrière d’avant-guerre est marquée par cinq romans importants: Les célibataires (Grand prix de l’Académie française de 1934), et le cycle de quatre volumes, actuellement encore très agréable à lire: Les jeunes filles (1936-1939). Cette dernière œuvre montre que Montherlant est capable de faire une analyse pointue et pleine de cynisme des relations entre les hommes et les femmes, dans la France d’avant la Seconde Guerre mondiale. On le considère parfois comme étant misogyne, mais c’est inexacte. Dans Les jeunes filles, il condamne indirectement les moeurs sociales françaises qui cantonnent la femme dans une position de fragilité et de dépendance. Se développer comme une partenaire qui serait l’égalede l’homme lui est pratiquement impossible. Pour Pierre Costals, le coureur de jupons autonome et indépendant, et personnage principal du romanLes jeunes filles, l’idée de devoir assumer, sa vie durant, le rôle de’garde-malade’ pour sa fiancée, Solange Dandillot, une femme un peu insignifiante, est insupportable. Ce cycle de romans a eu un succès retentissant.

Selon Montherlant, le fait qu’elles ne fassent pas de sport est une des causes essentielles de l’image attachée à beaucoup de femmes: celle de la pauvre petite femme fragile. En 1946, La déesse Cypris paraît à Paris;le livre se proposed’être un ‘éloge de la volupté’. L’incarnation de cet éloge est Cypris, déesse de la beauté et de la volupté, plus connue sous le nom d’Aphrodite ou de Vénus. Le livre est aussi un hommage à la beauté d’un corps féminin bien entraîné, sportif et robuste. Dans La déesse Cypris, l’écrivain explique qu’il est essentiel pour la femme de développer sa force musculaire pour perdre ainsi son sentiment d’infériorité. Au bout du compte il s’agissait plutôt de ‘les préparer à une autre forme d’amour, où elles joueraient un rôle plus sain’.

Le livre est constitué de pages libres et il contient douze photos de nus prises par Laure Albin-Guillot, la ‘grande dame’ de la photographie française des années 20 et 30 du vingtième siècle. Laure Meffredi est née en 1871 à Paris. Elle se marie en 1901 avec Dr. Albin-Guillot, un spécialiste en micro-organismes. Avec son mari, elle collectionne et elle photographie la structure cellulaire des plantes, des cristaux et des micro-organismes animaux. Par ailleurs, Laure Albin-Guillot devient également une photographe portraitiste. Les portraits qu’elle fait des écrivains André Gide, Paul Valéry, Jean Cocteau et Henry de Montherlant sont très connus. Ses photos sont régulièrement publiées dans La Revue française de photographie, dans Arts et métiers graphiques et dans Vu. Elle présente son travail aussi dans des expositions. Elle déploie aussi beaucoup d’initiatives pour promouvoir la photo d’art française. En 1935, elle dirige les ‘Archives photographiques des Beaux-arts’ et fonde le musée de la Photographie au Palais de Chaillot, dont la construction vient juste d’être achevée. Dans la même année, elle est nommée Présidente de la Société Nationale des Artistes Photographes. Parallèlement à ces activités, elle continue à illustrer des livres: Narcisse de Paul Valéry (1936), Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs (1937) et la partition des Préludes de Débussy (1948).

Émancipation et sensualité

Dans ses photos de nus (un autre genre qui contribue à sa renommée), elle montre le corps de la femme en ‘soft focus’, soigneusement éclairé, avec discrétion. Pour obtenir un effet de ‘flou’ autour du corps, elle utilise des objectifs spéciaux. Dans La déesse Cypris, les femmes sont photographiées sur un fond uni et elles couvrent toute la surface. Rien d’autre ne détourne l’attention. Dans les années 30, la photographie de nus est en vogue auprès des femmes photographes, aussi bien en France qu’à l’étranger. Elles montrent ainsi leur modernité et leur propre vision de la beauté du corps féminin. Elles veulent également prouver que la photographie n’est pas seulement une affaire d’hommes. L’émancipation, la beauté et la sensualité convergent dans La déesse Cypris. Le livre est tiré à 250 exemplaires. Cet exemplaire fait partie des 190 exemplaires qui comportent les douze photos imprimées en photogravure.

Sans faire de concessions, Montherlant maintient ses idéaux de beauté et de dignité. Il s’efforce à trouver la véritable grandeur, il éprouve une forte aversion à l’égard de la médiocrité et il prône avec passion ‘l’esthétique de qualité’. Mais son travail témoigne aussi d’un nihilisme profond et d’un sombre pessimisme. Il estadepte du suicide: il considère que, lorsque la qualité de la vie s’est détériorée au point de devenir indigne, il est de mauvais goût de continuer à vivre. C’est la raison pour laquelle Montherlant, devenu à moitié aveugle, décide de se tirer une balle dans la tête le 21 septembre 1972. Ses derniers mots sont: ‘Je me tue, donc je suis’.

Laure Albin Guillot -La Déesse Cypris. Douze études de nus par Albin-Guillot. Paris, Bordeaux, Colas et Rousseau frères, 1946MONTHERLANT, Henry de. La Déesse Cypris.

Laure Albin Guillot – Nu, 1938

Laure Albin ,issue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

Laure Albin Guillot – La Nuit, nu féminin, 1935 drouot

Laure Albin La Nuit,La Déesse Cypris, 20 mars 1946. Planche photographique, épreuve au charbon Fresson brossé, Issue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de MontherlantB

Laure Albin ,i ssue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

Laure Albin-Guillot- Le Nu Expressif II, photogravure. c1933 MONTHERLANT, Henry de. La Déesse Cypris. Douze études de nus par Laure Albin-Guillot.

Laure Albin ,i ssue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

Laure Albin La Déesse Cypris, 20 mars 1946. Planche photographique, épreuve au charbon Fresson brossé, Issue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

Laure Albin Guillot – La Déesse Cypris, 1946.

Laure Albin Guillot – La Déesse Cypris. Douze études de nus. Paris, Henri Colas, 1946

Laure Albin Guillot – La Déesse Cypris. Douze études de nus. Paris, Henri Colas, 1946

Laure Albin Guillot – La Déesse Cypris. Douze études de nus. Paris, Henri Colas, 1946

Laure Albin La Déesse Cypris, 20 mars 1946. Planche photographique, épreuve au charbon Fresson brossé, Issue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

Laure Albin La Déesse Cypris, 20 mars 1946. Planche photographique, épreuve au charbon Fresson brossé, Issue du portfolio La Déesse Cypris, texte d’Henri de Montherlant

More articles about Laure Albin- Guillot

2 réponses à “Laure Albin Guillot -La Déesse Cypris. Douze études de nus par Albin-Guillot. Paris, Bordeaux, Colas et Rousseau frères, 1946, MONTHERLANT, Henry de. La Déesse Cypris.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s